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 FICTION : Luk, terre dévastée

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YuuWaku
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MessageSujet: FICTION : Luk, terre dévastée   Mar 17 Juin - 22:05

Depuis combien de temps ne suis-je pas sorti ?
Je ne me reconnais plus. Je suis devenu une bête. Tout comme eux.

Ils me toisent dans les ténèbres, créatures morbides nées du poison des hommes. Ils errent, ils rampent, ils pullulent. Ce ne sont même plus des animaux. Ils vivent avec moi, dans les entrailles de la terre. Nous fuyons ensemble la souffrance de nos bourreaux qui s’entretuent au-dessus de nos têtes. Mais depuis quand ?

J’ai oublié. La mémoire m’a quitté en même temps que mon humanité. La seule once de normalité qui a subsisté à mon ancienne vie est ma vision réduite confrontée à celles de ces monstres. Seule ma crystalite me permet encore d’apercevoir les obstacles face à moi dans cette obscurité malsaine. Quel paradoxe délicieux ! Cette matière qui a permis de booster nos technologies et qui a créé notre chaos barbare me sert à présent de lanterne dans ma fuite.
Mon corps, lui, s’est assoupli ; je suis devenu agile, vif, et rapide.
Je suis devenu une bête. Tout comme eux.

Un bruit métallique. Je dois me terrer tel une vermine avant que la machine ne me repère. Elle m’est totalement inconnue, pourtant je connais ces grottes comme ma poche. Elle doit venir de la surface. Fuit-elle, comme nous tous, ou cherche t-elle des proies ? Est-elle pacifique ou complètement folle ?
Toutes les machines s’autogèrent à présent à cause de cette maudite crystalite. Leurs cœurs en sont composés. Indépendantes, elles ont même quitté leurs fonctions primaires pendant la guerre, alors que plus aucun technicien n’avait le loisir de les contrôler.
Les voilà devenues des monstres, comme ces détestables mutants, fruits de la pollution de cette matière infâme. Nous nous sommes tués.
Et cette guerre entre hommes... Nous nous sommes détruits.

Souvent, je grave dans la roche. Des souvenirs de mon passé. Mon ancienne vie. Ainsi, lorsque je me ballade sans but dans les souterrains de pierre, je me remémore. Pour ne jamais oublier. Je me sens obligé de tout m’expliquer à moi-même ; lorsque je cite un lieu de la surface, je me le décris à voix basse ; je raconte en chuchotant.

J’ai faim. Je dois me trouver quelque chose. Autrefois, j’allais quémander une boisson à ce distributeur en échange d’une partie de ma mémoire d’humain. Le faiseur d’illusions me suppliait tandis qu’affamé, je dépérissais. Je sais à présent qu’il en est hors de question, les machines sont perfides et insolentes. Je dois apprendre à me débrouiller sans elles.

J’ai appris à chasser. Mais il faut savoir quoi. Même les créatures les plus inoffensives en apparence s’avèrent dangereuses. Les drôles de bêtes en forme de gouttes qui pendent du plafond ne semblent pas comestibles. Les petits reptiles roses pâles vivent en hordes, en attaquer un reviendrait à se faire attaquer par toute la bande, autant dire que c’est suicidaire. Dans les zones trop humides rampent de longs tentacules translucides dont je n’ai jamais vu le bout. Tandis que les araignées ogresses grouillent près des sorties.

La sortie...
Je sais bien qu’il y en a une, pas très loin, au delà d’une caverne inondée. Mais oserais-je ? Je me demande... si la guerre est finie. Je me demande comment ça a évolué là-haut. Cependant, la machine que j’ai croisée m’indique que la technologie est toujours démente. J’aimerai savoir. Sans m’en rendre compte, je plonge, et nage ignorant tout problème normal d’endurance. Alors que je croise un poisson aux allures abyssales, je distingue de la lumière. La surface de l’eau gagnée, je me rends compte que cette cavité-ci est plus lumineuse que les autres, confirmant la présence d’une ouverture dans la roche non loin.

Je grimpe sur la rive, à mes pieds une carcasse de frigidaire jonche le sol. Seule subsiste la coque, l’intérieur a été pillé. Sûrement une seconde machine qui l’a détruite afin de se mettre à jour, de s’auto-upgrader. Mes paupières se plissent face à la lumière. Elle doit être faible, et pourtant mes yeux n’y sont plus habitués. Je les éloigne de la source, ainsi mon regard croise une pile de machines mortes, toutes éventrées. Les cadavres empilés forment une montagne macabre qui s’élève vers le plafond noir.

Plus loin, des êtres à peine distinguables remuent dans l’obscurité, au devant d’une machine incrustée dans la paroi rocheuse. Je reconnais là ma voleuse de mémoire. Elle s’allume comme pour m’inviter, mais je m’en détourne, tout en tâtant la marque douloureuse qu’elle a laissée sur ma tempe droite. Dire qu’au commencement de ma réclusion volontaire, je n’osais quitter cette caverne...

La sortie me sourit. C’est le moment. La peur m’étreint l’estomac. Et s’il ne restait plus rien ? Et si j’étais le dernier homme debout ? J’avance, les yeux fermés, aveuglé. Cela doit faire des années. Trop impatient, je regarde le ciel précipitamment, et la lumière me brûle subitement les yeux. Même le soleil transperce ma peau. Je m’écroule en me tenant la tête, j’hurle, je m’effondre sur le sol flamboyant. Qu’est ce monde de souffrance ?

Il me faut plus d’une éternité pour m’habituer au soleil, mais je fus bien trop orgueilleux pour me reclure dans ma caverne. Enfin, je vois mon monde. Celui que j’avais quitté.

Le voilà exactement comme je l’avais quitté. Détruit.
Mon pays trahi et assassiné.
Luk dévasté.

*

Ces terres sont désolées. Je ne reconnais plus mon monde. Sur le sol poussiéreux, des ruines se meurent en silence. J’ai marché des heures durant, pourtant mes pieds ne semblent plus pouvoir s’arrêter. Je veux aller toujours plus loin, comme désespéré de ne rien trouver, comme curieux de voir ce qu’est devenue ma nation agonisante.

Je me souviens subitement des armées qui marchaient, qui nous poursuivaient mon groupe et moi. Je me remémore ces civils angoissés qui priaient les cieux pour qu’on les sauve. Jack ? Un homme qui s’appelait Jack tenait la tête.

J’erre, je peine à croire que je retrouverai mon chemin. Le soleil me brûle la peau. Mes lèvres et ma gorge sont sèches. Je suis affamé et découragé. Je n’ai trouvé que le cadavre d’un vieil homme. Je n’ai même pas croisé ne serait-ce qu’un animal ou une plante. Je crois que je suis seul.

La luminosité décroit puis s’enflamme, la nuit va tomber. Je me love contre des pierres usées. Vais-je mourir ici, abandonné ?

*

Mon corps est violemment secoué. Agressé par le soleil levant et les ébranlements, je tente de me défendre. Des gens me font face, mais à contre jour, j’ai du mal à distinguer leurs visages. Une voix grave appelle.

« Vynd ! »

Vynd... Ce nom me dit quelque chose. La voix grave ne cesse de répéter ce nom. Je n’en peux plus ; je me roule sur le côté et je tousse. Je n’arrive même pas à parler, l’impression de m’époumoner m’empêche de répondre. Ma respiration est plus que bruyante.

« Laisse-le. » S’écrie une voix plus aiguë avant que des mains fines ne s’emparent de mes épaules. « Allean, ça va ? Mon dieu, tu es en vie !

- Tu vois bien qu’il est en vie ! »

Des voix s’enchaînent. Allean. Je m’appelle Allean, j’en suis sûr. Alors ces gens me connaissent ? Mais qui sont-ils ? Je n’arrive pas à voir leurs visages, j’ai trop mal, trop faim, trop chaud.
Je me sens presque m’évanouir, comme foudroyé. Heureusement, on soutient ma nuque, et de l’eau fraîche vient subitement se répandre sur mon visage embrasé par le malaise. Je toussote une nouvelle fois, puis on m’ôte le masque qui couvrait ma bouche pour me donner à boire.

« Comment as-tu fait, Allean ? Comment ? »

Cette voix douce. Aussi douces que ces mains.

« Helena ? » J’articule difficilement.

Un sourire illumine alors son visage. C’est elle. Ma beauté latine. A l’époque, quand je sillonnais encore les ruines parmi eux, sa bonté et sa grâce me motivaient dans nos missions. J’étais jeune, elle mûre. A présent, son visage est traversé par les rides du temps et de la fatigue.
Elle m’étreint. Comme autrefois.

Je reprends doucement mes forces, dorloté pour la première fois depuis si longtemps. On m’offre même de la viande séchée. Je comprends petit à petit que j’ai affaire à mon ancien clan de rebelles. Mais certains ont disparus, ils n’ont pas survécu. Au contraire, le nombre de civils se sont multipliés, atteignant maintenant la soixantaine. Ils ont du les récupérer au fil de leur progression. Grâce à Jack, celui qui m’a trouvé... De sa voix grave, il ne peut s’empêcher de me descendre :

« Regarde la loque que tu es devenu. Ta peau est pâle comme un linceul et tes yeux rouges comme ceux d’un démon. Vynd, tu sais pourquoi que tu ne dois pas garder la crystalite autour de ton cou. Tu mutes. »

Il s’agenouille à mes côtés, et tire son mon pendentif comme pour m’étrangler.
Je sais pertinemment qu’il n’y a rien de plus néfaste que ce cristal mauve. C’est à cause de lui que les animaux sont devenus des aberrations. C’est lui qui donne ce pouvoir d’indépendance aux machines ainsi devenues folles. Et j’ai malheureusement gardé cette chose près de moi durant ma fuite. Pendant tout ce temps, elle a du modifier mon organisme sans que je m’en rende compte.

Je souffle :

« Des yeux rouges ?

- Et si ce n’était que ça ! »

Il empoigne ma main, et je prends conscience de ma monstruosité. Au début de ma fuite, je m’étais brisé le poignet gauche en tombant d’un rocher en hauteur suite à une attaque... A présent, il s’est ‘réparé’, mais d’une façon difforme, me donnant un air de poupée désarticulée.

« Je mute...

- Ne t’inquiète pas, tu es toujours aussi beau. » Tente de rassurer Helena en passant sa main dans mes cheveux crasseux.

Je ne pouvais m’en rendre compte dans le noir, je savais simplement que mes cheveux poussaient. Je suis différent. Outre mes anciens compagnons, les gens restent à l’écart. Loin de moi.

Jack y va de plus belle avec un « Tu l’as bien mérité ». Mais je ne comprends pas. J’ai oublié. J’ai une vague impression d’embarras face à eux, de rancœur dans leurs regards. Un autre ancien vient se joindre à nous, je ne me rappelle pas son nom. Jack argumente pour qu’on me laisse ici tout en précisant que je saurai m’en sortir seul une nouvelle fois, mais Helena tient à m’emmener avec eux.

Pendant qu’ils conversent, je reste par terre, assis jambes croisées, tête basse. Mes cheveux cachent mon visage alors que mon pendentif se balance au gré du vent qui s’engouffre sous mes vêtements salis. Je ferme les yeux, et me plonge dans un silence artificiel, oubliant leur querelle. Que m’importe ce qu’ils feront de moi à présent. Je retrouverai mon chemin vers mon taudis de roche. J’abandonnerai ma belle Luk meurtrie.

Dans mon songe, un cliquetis me dérange. Un bruit que je n’ai imaginé dans mon évasion mentale. Il me perturbe. J’ouvre de force les yeux, et regarde au loin.

« Il y a quelque chose. » Soufflai-je.

Ils se taisent, me fixent.
Le bruit est remplacé par des coups de feu. On nous attaque. J’entends des cris. Mon corps se tend alors que je me relève à toute vitesse, tel un animal. Le temps d’une inspiration de la part de Jack, j’ai quitté leur groupe. Mes jambes touchent à peine le sol le temps de ma course, tandis que mes bras tardent derrière moi. Après un long dérapage, je m’arrête dans un nuage de poussière ; au détour d’un mur écroulé, je me retrouve face à une machine titanesque dont les membres métalliques frappent le sol en direction des civils.

Les êtres d’acier sont terriblement effrayants et colossaux à la surface. Ils doivent trouver des victimes aisément, ainsi que l’espace nécessaire pour se développer. Cependant, la crystalite devient ardente au soleil, elle brille autour de mon cou, attirant l’attention de la bête mécanique, et annihilant ma peur. Les civils, affolés, courent dans tous les sens.

« Revenez vers les ruines ! » s’écrie Jack tandis que ses hommes tirent vers la machine qui ne n’y prête guère plus d’importance.

Ma respiration se coupe. Le temps semble s’arrêter. Je m’élance.
Les coups de feu se sont arrêtés.
Plus rapidement que jamais, le vent me porte. Tel un poignard, je fonce.
Les crystalites, il en a des dizaines. Elles me guident de leur lueur flamboyante.
La machine tente de me faire choir en m’attaquant de ces bras d’acier, mais je suis trop rapide pour cet ennemi aux gestes gauches, et les membres tentaculaires me servent d’appui pour remonter jusqu’à elle. Je bondis. Mes pieds percutent son torse et je m’accroche à sa tête ronde d’où dépassent des centaines de fil que j’arrache férocement. Le robot commence à vaciller, tandis que je glisse jusqu’à son torse. Puis il tombe dans un grand fracas sur le sol. Quant à moi, je touche terre en douceur, sur son cœur, d’où j’extirpe les crystalites après mon atterrissage.

Voilà. Il est mort.
Je fais craquer mon cou, descends de la carcasse, puis tombe à genoux, laissant les crystalites rouler sur le sol. Je suis fatigué.

Je sens une main rugueuse me relever le visage.

« Tu as vu ce que tu as fait ? Comme si c’était normal ! Si facilement ! Tu es vraiment un monstre.

- Tais-toi, Jack. Quel idiot ! »

Une jeune asiatique en salopette et avec un revolver coincé dans sa ceinture le pousse et s’accroupit à côté de moi avant de me demander jovialement si ça va. Je n’ai pas le temps de lui répondre : un vieillard accourt vers moi et me remercie en bégayant.

« Vous nous avez sauvé mon garçon !

- Tu veux toujours le laisser là, Jack ? »

En guise de réplique au sarcasme d’Helena qui s’approche, l’homme grogne et fait mine d’être trop préoccupé par le sort des crystalites à mes pieds. Il les récupère subitement avant d’aller les enterrer plus loin.
Les gens viennent à moi et me jaugent comme la curiosité locale.

« Protégez-nous ! »

Je peux très bien comprendre que notre cher meneur puisse se vexer face à ces requêtes. Ainsi, il ne serait pas capable de le faire seul ? Il aurait besoin de moi ? Lui, qui voulait me rejeter ? Lui, qui semble me haïr ?
Mais quelles sont ses raisons ? J’ai du oublier, en même temps que le reste. Je ne reconnais même pas ses hommes, que j’ai pourtant moi aussi guider à une époque. Eux, par contre, paraissent ne pas m’avoir effacé de leur mémoire. Ils gardent leur distance, ne croisent pas mon regard ; l’un d’entre eux a même craché à ma vue.

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MessageSujet: Re: FICTION : Luk, terre dévastée   Mar 17 Juin - 22:05

Helena m’éloigne ; comme à son habitude, elle me materne. Le clan décide de se placer au dessus de tours en ruine pour surveiller les alentours, tandis que les civils se dissimulent parmi les soubassements à moitié détruits. Finalement, ils se terrent, tout comme moi.

Par réflexe, je me blottis derrière une pierre usée, comme pour me cacher, malgré la hauteur. Helena s’assoie à mes côtés.

« Dis-moi tout. Comment as-tu fait ? Où as-tu disparu tout ce temps ? »

Je reste muet, scrutant l’horizon. Le soleil pourrit le paysage. Je ne le supporte déjà plus.

« Allean, je t’en prie. Parle-moi.

- C’est mon prénom, Allean ? »

Elle hausse les sourcils, abasourdie. Elle place ensuite sa main sur ses lèvres pulpeuses tout en prenant un air d’apitoiement. Le silence ne se brise plus pendant 5 minutes durant, alors qu’elle me presse contre sa poitrine, comme si elle se posait des milliers de questions sur mon état.
Ensuite, comme dans un élan d’espoir, la brune demande :

« Pourquoi ne sais-tu pas ? »

Je relève mon regard vers elle, et lui désigne l’empreinte sur ma tempe : 3 marques rectangulaires, comme les branches d’une prise, sur une brûlure en forme de cercle. Helena n’ose requérir des précisions, et me noie subitement sous un flot d’informations.

« Tu te souviens de nous ? De la guerre ?

- Bof.

- La guerre civile est due à la révolte de la population. Tu t’appelles Allean Vynd. Jack et toi avaient guidé une faction de rebelles. Malheureusement, l’armée était bien trop puissante. Et pendant ce temps, les machines ont commencé à aller bien plus loin que l’autogestion avec la crystalite. Elles acquéraient toujours plus de puissance, friandes de composantes électroniques et de crystalite. Mais l’abondance de cette matière a pollué la terre et...

- Je sais tout ça. » Répliquai-je presque méchamment. « C’est ma vie, que j’ai oublié. Pas la vôtre.

- Alors tu as oublié ce que tu as fait après l’attaque sur la colline ? »

Mes lèvres s’entrouvrirent, mais déjà, un soldat faisait un signe à Jack.

« Pas une minute de répit quand on fuit. » me souffle Helena doucement.

Pourtant, ma fuite, elle, se montrait si douce malgré l’angoisse de la solitude.

Mon amie me fait baisser la tête, et je comprends enfin : au loin, une nuée de poussière s’élève vers la voûte céleste. Des gens approchent, par centaines. Je ne pense pas que ça soit des réfugiés, au contraire. L’armée est là. Elle nous cherche. J’ai envie de déguerpir. Jack s’équipe d’une arme mécanique qui m’est inconnue, et l’active avec une crystalite ; elle fusionne avec son bras. Sous mon regard étonné, il se positionne en sniper.

Non. C’est impossible. On ne pourra pas s’en sortir.

Je me lève brusquement, Helena retient un cri de surprise et tire sur ma main pour me coucher à nouveau. Je rejette sa main. Au loin, des milliers d’hommes marchent en ligne droite. Dans leurs tenues uniformes, ils sont semblables à des robots. La machine devenue perfide comme l’homme, l’homme devenu mécanisé comme la machine. Ce monde n’est plus le mien.

Un soldat de notre troupe m’attrape les épaules et me plaque au sol brusquement avant de murmurer à mon oreille :

« Ils sont loin. S’ils ne nous voient pas, ils ne viendront peut-être pas par ici.

- Mais s’ils viennent ?! »

Il ne me répond pas mais va reprendre sa position comme son chef. Une vingtaine d’hommes guettent ainsi l’ennemi, prêt à tirer pour nous couvrir si jamais les choses tournent mal. Une vingtaine d’hommes contre des milliers. Ils sont fous. On ne...

On ne pourra pas s’en sortir...

Un flash fouette violemment mon esprit. Une image enserre mon cœur. Je me vois brisant la crystalite de Jack, criant mon désespoir, hurlant que nous perdrons de toute façon, puis partir, les jambes à mon cou, en délaissant mes paires. Moi, l’ancien co-leader des rebelles. Je les ai abandonnés. Par peur. Je me mords la lèvre inférieure et tourne vivement ma tête vers Helena, qui me regarde avec un sourire triste, comme si elle avait compris. Voilà donc pourquoi ! A l’époque, je les ai délaissé...

« MERDE ! Ils arrivent droit sur nous !!! »

Les balles fusent. Les boules d’énergie qu’envoie Jack m’impressionnent et tuent jusqu’à 5 hommes en même temps. Cependant, je sais pertinemment que ça ne suffira pas. Je pense aux innocents en bas, qui frissonnent, qui ne savent pas comment réagir, qui ne désirent que fuir sans savoir où.
Moi je sais où.

« Helena !

- ...

- Helena !!! »


Son visage se teinte d’un air plus que surpris, elle ne peut m’entendre à travers cette explosion de bruits fracassants. Un de nos hommes tombe, pendant que l’armée gigantesque s’approche dangereusement des soubassements. Bientôt, elle est assez proche pour que nous soyons à portée de tir de la deuxième ligne d’attaque : l’artillerie laser.

« Je vais les guider ! »

Je m’approche du bord de la tour, et saute. Au loin, dans ma direction la voix de Jack et d’Helena s’entremêlent au vacarme des armes. Je ne comprends pas, et suis déjà de toute façon déjà lancé. Une dizaine d’étages plus bas, je heurte le sol presqu’en silence. Au bout de quelques enjambées au dessus des roches brisées, je parviens jusqu’aux civils terrorisés, dans les pénombres des catacombes. Les murs tremblent.

« Ecoutez-moi ! » Je m’exclame d’une voix que je veux claire au maximum. « Si vous restez ici, vous mourrez. Suivez-moi dehors, je vais vous guider. C’est risqué, mais vous aurez plus de chance qu’en vous terrant ici ! »

Ils me fixent tous, l’air perplexe et angoissé, comme ne pouvant plus y croire. Pourtant, certains espèrent toujours, et la jeune asiatique se joint à moi pour les encourager. Très vite, la majorité vient se placer à mes côtés, mais un petit groupe souhaite rester. Je ne vais pas perdre mon temps plus longtemps en de vains arguments, je ne suis pas un héros, ils choisissent seuls leur destin.

Sortis des ruines, nous nous mettons tous à courir. Les soldats ennemis mettent un moment à nous remarquer, et certains commencent à tirer vers nous. Les plus lents, les plus faibles sont touchés ; leurs corps percutent violemment le sol. Je ralentis pour ne pas les distancer, mais mon cœur bat la chamade face au danger et me pousse à fuir. Pourtant, cette fois-ci, je resterai.

Nous nous sommes déjà considérablement éloignés, mais les soldats ne nous ont pas pris en filature, préférant sans doute s’occuper des rebelles que des civils. Soudain, j’entends le bruit lointain d’un éboulement. Les tours ? Une de mes pensées s’envole pour Helena restée là-bas. Jack et elles sont peut-être morts.

Déjà, ma grotte apparaît derrière une maison en ruine.

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MessageSujet: Re: FICTION : Luk, terre dévastée   Mar 17 Juin - 22:06

J’ai conscience de ce que je leur demande. Réticents, ils descendent en tâtonnant dans la caverne. Les jeunes n’osent s’éloigner du groupe, un enfant s’agrippe désespérément au bras de son père en inspectant la pénombre. C’est comme demandé à son fils de vérifier lui-même s’il y a un monstre sous son lit ou dans son placard. Mais si je fais ça, c’est strictement pour eux. Accroupi, je les attends, la lueur de ma crystalite les attire à moi.

Malencontreusement, un monstre vient taquiner une femme ; je me relève, pressentant le désastre. Un félin svelte à la peau humide et écaillée ballade sa longue langue râpeuse sur le bras tremblant de la malheureuse. Il fait ça en totale amitié, mais allez expliquer ça à ses gens terrorisés. Je m’approche, mais trop tard : un homme lance une pierre au mutant. Celui-ci se met à hurler, en même temps que toutes les bêtes pourvues de cris présentes dans la grotte. C’est l’affolement général. Même les araignées sortent des parois et s’hérissent de pointes, pendant que deux filles trébuchent et choient de la montagne de machines mortes.

Le félin bondit, crocs en avant. Je le cogne du poids de tout mon corps avant que le pire n’advienne et nous tombons lourdement sur les roches avant de dégringoler dans l’eau, son élément naturel. Là, je n’ai qu’à le pousser loin de moi, dans le sens contraire à la rive. Je remonte aussi vite que je le peux tandis qu’il tourbillonne avant de disparaître dans les eaux sombres.

Après quelques minutes, hommes et bêtes se sont calmés. Ma horde ne veut plus avancer, trop effrayée par les derniers évènements ; ils se collent les uns aux autres, tout en restant au maximum à mes côtés. Cette proximité m’insupporte. Je m’éloigne quelque peu, et remarque soudain qu’un vieillard tend la main vers ma fameuse voleuse de mémoire. Celle-ci s’éveille dangereusement. Pas une minute de répit, disait Helena. Une nouvelle fois, je me lance et sépare l’homme de la machine. Celle-ci me happe sans prévenir.

*

Le vent est doux et léger. Il virevolte et va se perdre dans le feuillage d’un vert tendre des arbres paisibles.

Des arbres ?!

Je me relève, la tête lourde comme après un long sommeil. Je suis au milieu d’une longue route d’un gris éclatant, bordée de pins parasols et platanes lumineux. Cette allée sereine s’allonge jusqu’à la statue étincelante d’un ange guerrier. Tout autour de cette scène s’élèvent fièrement des immeubles rectilignes. Pas un bruit, outre le bruissement des feuilles et le chant salvateur des oiseaux.

Je me rends compte qu’un homme se tient à mes côtés, les pieds à une dizaine de centimètres du sol. La brise joue dans ses cheveux blonds ébouriffés. Il a des airs de dandy dans son costume ancien.

« Ca te plait ? » me demande t-il, un sourire intriguant soulignant ses yeux bleus.

Il ne me regarde même pas. Son image est pâle, presque translucide. Je murmure :

« C’est Luk avant la guerre.

- Je l’ai créé pour toi. Grâce à toi.

- C’est toi, machine ? Tu veux encore me rendre fou en dessinant ce qui n’existe pas.

- Tu es cruel. Je voulais juste te faire plaisir. »

Ca manque beaucoup trop... abominablement de vie et de réalité pour me réjouir. Je me tourne de nouveau vers la statue. Il me semble qu’elle m’est importante. Quelque chose a du se produire à ses pieds. La main fantomatique de mon compagnon s’avance vers moi, puis se trouble. Il recule, comme offusqué. Puis tout son être grésille. Le décor le rejoint dans son dysfonctionnement. Tout tremble.

« Que t’arrive t-il ? »

Il ouvre la bouche, puis disparaît, comme tout le reste. Je sens qu’on me tire, et je retrouve dans la pierre froide et humide de la grotte. Jack se tient devant moi, derrière lui je distingue la machine voleuse de rêve qui crépite dans des éclairs puis s’éteint, totalement éventrée. Assassinée.

« Ce monstre allait te dévorer. Heureusement qu’on arrive au bon moment ! »

‘Ce n’était pas un monstre’ aurais-je voulu répliqué. Pourtant, las, je laisse ma tête retomber sur le sol. Je la tourne ensuite vers la troupe. Jack... Quelques hommes. Où est Helena ?

« Comment avez-vous fait ?

- Non je t’en prie, ne nous remercie pas. » Crache un homme aux cheveux courts et au bras en écharpe.

Remercier de quoi ? Ils ne comprennent rien. Ils ont détruit un compagnon d’infortune et mes souvenirs avec.

« On a perdu beaucoup d’hommes. Les civils restés là-bas sont tous tombés. On s’est replié quand tout s’est écroulé. » explique Jack.

Replié. C’est un bien joli mot. Il reprend :

« Tu as laissé beaucoup d’innocents là-bas.

- Je n’ai pas le temps de sauver tout le monde.

- On vous a ensuite suivi sans peine grâce aux traces évidentes que vous avez laissées.

- Je n’ai pas non plus eu le temps de faire le ménage. Mais c’est bien pour ça qu’il faut qu’on continue plus bas. Si on reste dans cette caverne, l’armée pourrait très bien nous tirer dessus depuis l’entrée.

- Plus bas ? » Demande t-il, perturbé.

Je lui désigne l’embouchure sous l’eau à nos pieds.

« Tu n’y penses pas ! Ces gens sont en grande partie faibles ou blessés ! L’armée même n’ose entrer dans ces grottes, alors de là à nous faire faire de la plongée !

- C’est faisable. Il faut retenir sa respiration le temps de quelques brasses. »

Il m’attrape par le col dans un accès de rage.

« Tu as dit que tu les guiderais Vynd !!! Pas que tu les massacrerais !!!

- Du calme, Jack. Tu préfères peut-être les laisser crever dans des tours qui s’écroulent sous les tirs des soldats ?! »

C’en est trop pour lui, il me décoche un crochet qui m’envoie valser. Je me relève directement puis replace ma mâchoire dans un bruit de craquement abject.

« On n’enverra pas ces civils sous l’eau à l’aveuglette, mutant !

- Qui a parlé d’aveugle ? »

Je ponctue ma dernière phrase en élevant ma crystalite à ses yeux, celle-ci se met à briller, projetant des lueurs mauves sur les parois de la caverne.

« Je te l’ai dit, je vais vous guider. »

*

Mes cheveux mouillés se plaquent sur mon visage. Je n’aime pas cette sensation. Un groupe se sentant incapable de nous suivre a souhaité rester là-bas, en gardant l’espoir de ne pas être trouvé. De notre côté, ils ne sont plus qu’une trentaine à présent et quelques rebelles. On a perdu deux civils. L’un n’a pas su retenir sa respiration face au choc de voir le second se faire attraper par un poisson démesuré. Jack n’a plus la force de me réprimander. Les survivants sont émus et accablés, et pourtant, ils gardent espoir. Les rêves des hommes sont grands.

« Le plus dur est passé. Le chemin restant sera plus ou moins long, mais les dangers moindres. On a fui une armée, vous pouvez y arriver. »

Qu’est-ce qui me prend à parler comme un leader ? Un de nos guerriers lève son arme symboliquement tandis que certains me sourient, malgré leur air découragé. L’homme aux cheveux courts pose fermement sa main sur ma tête. Une rousse à ses côtés lui enserre la taille. Ils me semblent tous si pathétiques, vais-je réussir à les sauver ?

Un homme âgé mais hardi se dirige vers moi, je reconnais là le vieillard qui m’a remercié quelques heures plus tôt. Il a eu la chance de survivre jusque là. D’une voix étonnamment forte pour son âge, il me lance :

« Jeune homme, vous... »

Il n’a pas le temps de finir sa phrase qu’il est happé par un tentacule venu du plafond. Alors qu’il s’y élève en gémissant, les balles s’envolent automatiquement et bruyamment afin d’abattre le monstre qu’on ne voit même pas. J’ai beau leur requérir d’arrêter, il est trop tard. Une chose immonde tombe, en même temps que le corps désarticulé et criblé de balles de l’homme, accompagné de cris d’effroi de la part des nôtres. A savoir qui de la bête ou des coups de feu l’ont tué en premier.

Afin de les ôter à la vision macabre, j’ordonne aux civils de m’attendre au début du tunnel où se poursuivra notre périple. Je les rejoins bientôt, ma crystalite brandie comme une arme contre les ténèbres. Bientôt, nous devons traverser un sol très caillouteux puis escalader une paroi abrupte. Plus aucun mort à décompter, juste quelques blessés légers.

*

Enfin. La lumière. Celle de leur espérance. Ils grimpent tous, galvanisés par la joie. La roche écorche leur peau, mais ils n’en n’ont que faire à présent. Je doute encore de ce qu’ils vont trouver de l’autre côté et les suit à mon rythme. Dehors, la grotte fait en vérité face à un champ où des fermiers se sont arrêtés de cultiver la terre pour regarder les hommes qui courent, dansent, et chantent. L’un des paysans, un jeune garçon, s’écrie « Des réfugiés ! » en levant les bras au ciel. Je m’appuie contre la sortie de pierre tandis qu’on leur apporte de l’eau et qu’on leur tend des fruits. Je regarde au loin : des prairies s’étendent à perte de vue, parsemées de quelques villages ; un moulin moue paisiblement quelques mètres à ma droite ; de longs chemins pavés sillonnent les vallons ; je crois distinguer une grande ville se découper dans l’horizon bleu.

C’est donc ça, le vrai bonheur ?

On ne me remarque plus. La rousse serre deux enfants dans ses bras, tandis que l’asiatique frotte hystériquement les cheveux de Jack. Doucement, je recule et disparaît dans l’ombre. Je regagne mon ancienne vie.

Me suis-je racheté ?


finiii ^^

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